« C’est à ce moment-là que la louve m’a sauté à la gorge »

histoire du dimanche 2Voici notre Histoire Inspirante du Dimanche

Je déteste les voyages organisés : il faut suivre le groupe, subir la mauvaise humeur d’un vieux grincheux ou écouter les sempiternelles histoires de familles qu’on ne connaît pas. 

Ma grande joie, c’est de m’échapper et de me perdre dans une ville, d’observer des scènes de la vie ordinaire et de parler aux gens. 

Nous visitions Pompéi. Je m’étais éloigné du guide et de la meute des autres vacanciers qui faisaient semblant de s’intéresser à ce qu’ils voyaient. Je devenais aigri :

« C’est terrible, me disais-je, mais un voyage organisé est le meilleur moyen pour devenir misanthrope ! Je ne supporte plus les petits défauts de mes contemporains, je sature. » 

Ces tristes réflexions m’avaient amené près d’une esplanade peu fréquentée, où l’on distinguait, dans une sorte de cour, un parterre décoré. 

Mon regard s’est attardé sur les minuscules tâches de couleurs peintes au sol. « Qu’est ce que cela peut bien être ? » Un panonceau à l’entrée de la villa indiquait : « mosaïque de la louve ». Franchement, les archéologues y allaient un peu fort : ça, une mosaïque ? Là où il fallait voir une oeuvre d’art, je ne découvrais qu’un assemblage disparate de minuscules pierres, des éclats tout au plus. 

Pas de quoi s’extasier. 

Je partais et, suivant toujours mon humeur noire, m’éloignai davantage du groupe. Je montais un petit escalier moussu et m’appuyais à la rambarde d’un balcon d’où j’avais une vue plongeante sur la villa et les shorts ridicules de mes contemporains. 

Les sourires idiots de ces 2 messieurs dans le dos d’une jeune fille, la paresse grasse de cette dame assise sur une pierre en attendant que ça passe ou encore la gourmandise à peine dissimulée de cet adolescent obèse qui s’empiffrait de chips-vinaigre face au guide, me désolaient. 

C’est à ce moment là que la que la louve m’a sauté à la gorge. Ayant pris un peu de hauteur j’apercevais la mosaïque dans son intégralité : une magnifique bête sous laquelle tétaient Romulus et Remus. Les couleurs que j’avais cru fades étaient, vues d’ici, harmonieuses et le dessin que je n’avais pas compris était des plus minutieux. 

Dans le bus, sur le chemin du retour, je me suis alors fait cette réflexion : et si la société, les groupes humains – l’univers même pourquoi pas ? – étaient tous construits sur le modèle d’une mosaïque géante ? De près nous ne pourrions les admirer et nous serions tentés de les critiquer. 

Mais avec un peu de hauteur de vue, nous constaterions toute la complexité de leur structure et ce qui nous serait d’abord apparu comme un chaos de petites individualités sans lien entre elles nous ferait alors songer à un ensemble cohérent, organisé, esthétique, vertueux… 

Prendre un peu de hauteur c’est aussi se donner les moyens de replacer les choses dans leur ensemble. Nous pouvons appliquer ce principe de distanciation avec nos proches : leurs défauts exaspérants sont-ils si importants qu’on ne puisse les oublier quand on considère la personne comme un tout, une entité, une individualité riche, complexe, douée de multiples qualités, toujours passionnante à découvrir ?

« Ce qu’on appelle laideur n’est en vérité que le refus de toute hauteur » M. de Cornouardt

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